Sargasses : tous à l'abordage

Sargasses : tous à l'abordage

le JEUDI 14 JUIN 2018

Demander n’est pas mendier

 L'édito de Jacques Dancale du N°404 de Nouvelles Semaine disponible le 15 juin 

Les algues brunes auront fait plus de bruit que l’incendie du CHU ou que le chlordécone, non parce qu’elles étaient plus nuisibles, mais simplement parce que leur présence olfactive, pestilentielle, et l’occupation du littoral, en a fait un enjeu de surface, plus puissant en visibilité que l’hôpital ou la pollution avec les pesticides. Car en termes de danger, il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas photo entre l’empoisonnement des sols et de l’eau par un agent chimique, l’incendie d’un centre hospitalier et les émanations de sulfure d’hydrogène, fussent-elles nocives. Dans l’argumentaire développé par les responsables politiques et les collectifs, la gêne olfactive et la santé dominent, la notion de coût financier étant perçue comme une charge. Or, les dépenses faites pour le traitement du sinistre devraient être mises en face du manque à gagner, si rien n’était fait, sur des plages destinées au tourisme, des ports dédiés à la plaisance et les paysages souillés par les amoncellements d’algues en décomposition. Combien de restaurants et d’hôtels fermeraient, et combien de réservations annulées par les tour-opérateurs, avec le lot de personnel mis en chômage technique ou licencié ! De même, au moment où la réorganisation de l’offre de soins se poursuit dans une atmosphère de crise, toute mise en tension supplémentaire à cause des risques liés aux émanations aurait un coût supplémentaire à faire supporter aux budgets publics. Enlever les algues ou en réduire leur venue, c’est aussi préserver une économie et un marché fragiles, et ne pas mettre en péril des emplois. Dès lors, les millions injectés pour nettoyer et prévenir sont un investissement pour que les acteurs économiques soient en capacité de produire et de dé- velopper le territoire. L’accompagnement public n’est donc pas une faveur, le demander, ce n’est pas mendier.
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